Découverte des Routes de Compostelle: Mon Expérience

Astorga à Santiago,le Camino frances, 260 km de marche

En septembre 2025, du 11 au 29 septembre, j’ai enfin pu concrétiser un rêve qui me hantait depuis plusieurs années. Prendre la décision de se lancer dans cette expérience demande quand même quelques semaines de préparation. Quelques mois avant le départ, j’avais fait toutes mes réservations, en particulier les hébergements, car étant donné ma difficulté à trouver le sommeil, je souhaitais obtenir une chambre privée.

Pour les réservations, j’ai utilisé le guide Miam Miam Dodo, Booking.com et l’application officielle de Compostelle. Je devais partir seule mais finalement une personne de la famille s’est jointe à moi, nous avons donc loué des chambres à 2 lits. Nous avons pris l’avion le 11 septembre pour Barcelone. Nous sommes arrivées le 12 en pm et le soir, nous avons pris un autre vol avec la compagnie Ibéria de Barcelone à Léon.

La ville de Léon nous a charmée tout de suite par son architecture, ses monuments et sa cathédrale. La cathédrale est illuminée en soirée, c’est impressionnant. Nous avons séjourné à l’hôtel La Posada Regia, un établissement antique et charmant.

Le lendemain, le 13 septembre, nous avons visité la cathédrale (7 Euros) et le Palacio de Gaudi (6 Euros). La cathédrale vaut le détour, les vitraux sont colorés et magnifiques. En pm, nous avons pris un taxi pour Astorga, ce qui s’est avéré un choix coûteux. Il est préférable de prendre le bus. Nous avons dormi à l’Albergue So Por Hoje.  Astorga est assez joli, mais nous avons préféré Léon. Nous avons pris le temps de faire une visite du centre et d’explorer un musée à l’intérieur d’une église, ça va mais sans plus.

Le 14 septembre avec nos lumières frontales, nous avons quitté notre hébergement vers 5h45 pour débuter notre parcours. Nous entamions notre voyage avec des températures extrêmement chaudes, dans les 32 degrés. C’est cette température qui était annoncé pour les 3 premiers jours.  Il faut préciser ici que c’est une température inhabituelle pour cette période de l’année. Nous ferons 19.81 km vers Rabanal Del Camino et notre hôtel La Posada de Gaspar.

Je vous énumère ici les étapes, les km et les hébergements:

  • Le 15 septembre, Rabanal Del Camino vers El Acébo, soit 18 km, montagneux, hôtel La Rosa Del Agua.
  • Le 16 septembre, El Acébo vers Ponferrada, soit 15,5 km, montagneux, hôtel Alberque Guiana.
  • Le 17 septembre, Ponferrada vers Villafranca Del Bierzo, 23 km, Vignobles, hôtel El Campano.
  • Le 18 septembre, Villa Del Bierzo vers La Laguna de Castilla (2km de O Cebreiro), 25,51 km, montagneux, hôtel Alberque La Escuela.
  • Le 19 septembre, La Laguna vers Triacastela, 23,09km, montagneux et descente, hôtel Alberque Atrio (prudence avec les lits).
  • Le 20 septembre, Triacastela vers Sarria, 18km, moins de montées, hôtel Pension Casa do Gallo.
  • Le 21 septembre, Sarria vers Portomarin, 22 km, chemin assez plat, hôtel Porto Santiago.
  • Le 22 septembre, Portomarin vers Palas De Reis, 25 km, encore assez plat et le moins intéressant à mon avis, hôtel Pension Santirso.
  • Le 23 septembre, Palas de Rei vers Arzua, 29 km, assez plat, Alberque Pension Cima do Lugar.
  • Le 24 septembre, Arzua vers O Pedrouzo, 19,51 km, assez plat, hôtel Pension Residencial Platas.
  • Le 25 septembre, O Pedrouzo vers Santiago, 20 km, assez plat, hôtel Parking Miradoiro de Belvis
  • Le retour de Santiago vers Barcelone sera avec Ryanair le 26 au matin.  Nous serons à Barcelone, les 26, 27. Le 28, ce fût le vol vers la maison.

Durant les 3-4 premiers jours, il y avait encore des feux en activité. Le matin il y avait de la brume matinale au coeur de la vallée et il y avait aussi cette odeur de fumée bien présente. Mon parcours favori fût celui entre Astorga et Sarria avec les montagnes et les vignobles. C’est sûrement la partie la plus difficile mais le décor était magnifique.

Chaque jour nous marchions sur de beaux sentiers rocailleux, poussiéreux, traversant la montagne, la forêt et de minuscules villages aux balcons fleuris. Il nous est arrivé de faire la rencontre de la police à cheval. Nous avons croisé plusieurs pèlerins, ainsi que de nombreux animaux : vaches, chevaux, cochons, moutons et même des ânes. En cette fin de septembre, les fleurs sont plus rares. Il reste encore des rosiers, des bruyères et des petites fleurs qui ont l’apparence de crocus. Les fruits des châtaigniers sont présents dans certains arbres mais surtout au sol. Le repérage de notre chemin était facile grâce aux indications sur les murs, aux coquillages au sol, aux stèles de ciment avec des flèches jaunes et aux bornes de kilométrage. Les pèlerins déposent des souvenirs, des offrandes et des objets personnels au pied des stèles et des nombreuses sculptures.  Dans les villes, il y a beaucoup de *street art* sur les murs de bâtiments mais aussi sur les piliers de béton supportant les routes, ces dernières sont à caractère écologique. Nous avons admiré d’anciennes roues de charrettes reconverties en éléments de décor et des structures originales présentes dans les fermes, en bois, en pierre ou en brique. Ces structures rectangulaires et surélevées servent d’entrepôts pour les récoltes. Elles protègent de la faune, des oiseaux et des intempéries. Un grand nombre d’églises ont été soit abandonnées, soit converties en galeries d’art ou en salles de spectacle musical.

Lors d’un arrêt pour la nuit à La Rosa Del Agua, le propriétaire nous a expliqué que durant les feux estivaux (température trop sèche – changements climatiques), il avait passé beaucoup de temps à protéger son établissement. Dans ces petits villages où les pèlerins résident, les bâtiments en pierres et en bois, laissés à l’abandon, sont des endroits idéaux pour alimenter les feux de forêt.

La région de Léon est très sèche en cette période de l’année, elle est aride et broussailleuse. Toutefois, O Cebreiro est sûrement le plus beau village de tout ce secteur. Ses vieilles maisons font le charme de cet endroit. Les toits de ces bâtiments sont faits de chaume et témoignent de l’histoire de cette région. La majorité de notre marche se déroulait sur les sommets des montagnes. La vue sur la mer de montagnes est vraiment impressionnante.  À Ponferrada, il y a un château des Templiers, Le Castillo de los Templarios (4 Euros) qu’il faut absolument visiter.  Après la partie montagneuse du parcours, la région de Villafranca Del Bierzo avec ses vignes n’est pas à négliger. À cette période de l’année les raisins sont mûrs pour la récolte. Le chemin est parsemé de fermes, de petits cafés où nous dégustions de bons cappuccinos, des jus d’orange fraîchement pressés et les fameuses tortillas de patatas qui calent bien pour la marche.

Nous marchions toujours tôt le matin, chaussées d’espadrilles ; pour ma part, je les avais pris d’un demi-point plus grand afin de laisser suffisamment d’espace aux pieds gonflés en fin de marche et ainsi éviter les ampoules. Malgré tout, j’ai eu une ampoule à cause de mes bas qui n’étaient pas adaptés pour marcher longtemps. Il faut choisir de préférence des bas de laine mérinos, du moins pour moi, c’étaient les meilleurs.

Le tronçon reliant Sarria à Santiago me semblais plus aisé en raison du faible dénivelé. Sa fréquentation est si élevée qu’il est surnommé l’autoroute des pèlerins. En Castille, les forêts sont plus vertes, la mousse est présente et rend le décor plus féerique. Certains arbres sont tellement tordus qu’ils ont l’aspect de véritables œuvres d’art. Il y a aussi des plantations d’eucalyptus qui servent à la foresterie, l’odeur camphrée était parfaite. Dès que nous sommes arrivés à Portomarin, nous avons pu profiter d’une vue magnifique sur la rivière et les ponts! À Portomarin, les bâtiments blancs font exception des autres villes et villages. La partie du trajet que j’ai le moins aimé se situe entre Portomarin et Palas de Rei. C’est en effet moins attrayant, mais bon, c’est ce que je pense. Toutefois les hébergements étaient excellents, propres et confortables. Après Palas de Rei, ce fût le retour des beaux paysages, j’étais contente. Les derniers km furent magiques avec la brume matinale et le lever du soleil. Il y avait de plus en plus d’offrandes. Nous ressentions une montée d’excitation et de fatigue de plus en plus prononcée. Des musiciens locaux, habillés de costumes traditionnels, jouaient des airs folkloriques avec leur cornemuse. À l’arrivée de Santiago, nous étions vraiment impressionnées. Santiago possède un centre historique, parsemé de petites rues piétonnes, certaines sont très étroites. C’est un labyrinthe amusant où la cathédrale est un repère essentiel, car elle est haute et imposante. Il y avait une file à notre arrivée, nous n’avons pas voulu patienter pour y entrer. Nous sommes enfin parvenus à l’endroit où le pèlerin reçoit son Compostela, le certificat du pèlerin. Quelle fierté ressentie pour tous les efforts déployés durant un si beau parcours! 

Les rencontres: C’est inévitable, et même appréciable de rencontrer des gens d’ailleurs. J’ai croisé Ron de Singapour, que sa femme et son fils prévoyaient de le rejoindre à Sarria pour parcourir les derniers 100km ensemble. Il y a eu Giovanni, un Italien, professeur de sciences à la retraite, qui réalise tout comme moi un rêve. Il y a eu Gwen, notre Californienne, qui voulait faire cette marche avant que sa santé se dégrade. Il y a eu aussi nos deux Françaises, Véronique et Dominique, avec qui nous avons bien rigolé. Elles ont l’habitude de faire des pèlerinages. Ce couple d’Italiens, des gens dans les 70 ans, qui étaient à leur 3ème pèlerinage. Cette fois-ci, ils soulignaient leur 50ème anniversaire de mariage. Cette fille d’Argentine, dont je ne me souviens pas le nom qui avait fait l’année précédente le chemin de Porto à Santiago. Bien entendu, je garde en mémoire cette dame espagnole, une locale, qui, ce matin-là en particulier, avait envie de parler avec quelqu’un. J’ai donc pris le temps de l’écouter, car en fin de compte, c’est aussi ça le chemin : être attentif aux autres.

La nourriture: J’ai bien mangé tout le long du chemin, mais ce que j’aime particulièrement c’est la tortillas de patates (bonne source d’énergie lors de la collation à mi-chemin), le gaspacho et le vin. J’ai moins apprécié la Tarta de Santiago aux amandes, un peu trop sèche pour moi. La nourriture dans la région de la Castille est plus variée que dans la région de Léon. J’ai vraiment apprécié savourer la nourriture typique, c’est quelque chose que je fais toujours en voyage. Toutefois à Barcelone, j’ai mangé le meilleur Vietnamien et Indien de ma vie. Nous voulions varier un peu. L’hôtel Ciutat Vella est situé dans le quartier El Raval, non loin de la placa de Catalunya.  C’est un quartier où se trouvent de nombreux restaurants du monde et qui est idéal pour découvrir la gastronomie.

Le cheminement: Je dirais simplement que le chemin laisse une trace et permet de réfléchir sur sa vie et sur la raison de notre présence sur celui-ci. Pour ma part, ralentir et faire confiance au chemin m’ont habité tout le long du parcours et m’habite encore.

La température: les 4 premiers jours dépassant les 30 degrés, par la suite ce fût autour de 24 degrés. Nous avons eu un orage en arrivant à Sarria. Le soleil a été très présent. Les nuits sont fraîches, généralement 12 degrés environ, 2 nuits à 8 degrés, c’était pas mal frais pour la marche très matinale avec nos lumières frontales.

Équipement: La boutique La Tienda de Montréal m’avait bien conseillée, j’avais tout ce dont j’avais besoin, bâtons de marche rétractables, imperméables, pantalons 2 en 1, chemise ultra mince pour protéger du soleil etc. Pour soigner les ampoules, gazes et onguent de type Polysporin font des merveilles. Ce que j’ai retenu, c’est que nous trimbalons toujours un nombre excessif de choses. Il est important de voyager léger, même si nous avons utilisé un transporteur pour transporter notre valise.

Notre dernière étape avant le retour était Barcelone. Nous avons fait la découverte d’une exposition de géants costumés (princes, dragons…) utilisés lors des parades lors des fêtes régionales. Nous avons visité le marché La Boqueria, la Sagrada Familia (voir mon article précédent sur l’Espagne et Barcelone). Lors de notre visite guidée privée, nous avons pu contempler plusieurs beaux bâtiments, notamment le Palau de la Musique. Nous avons marché le quartier gothique et le bord de mer.

Pour terminer, si un jour j’ai l’opportunité de faire un autre Compostelle vers Santiago, je le ferai car j’ai adoré l’expérience. C’est enrichissant de faire confiance à son corps et à sa tête pour marcher jour après jour.